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LGV Limoges-Poitiers : la question financière

Dans son dernier rapport sur la grande vitesse ferroviaire, la Cour des Comptes critique le "contournement des critères de rentabilité socio-économique" et place la LGV Limoges-Poitiers en parfait contre-exemple du modèle à suivre. Au-delà des critiques sur le processus décisionnel et la concertation, nous avons choisi de nous interroger sur l'enjeu financier qui est en fait le principal facteur de publication, d'ici au 13 janvier, de la DUP (Déclaration d'Utilité Publique), conditionnant la réalisation, ou non, du projet.

RFF a récemment réévalué le projet à 1.514 milliard d'euros soit un bond de 19 % par rapport à l'évaluation antérieure. Pourtant la Cour des Comptes place le projet dans une fourchette allant de 1.5 à 2 milliards d'euros, avec 25 % de marge d'erreur. Cela correspond en valeur absolue à 500 millions d'euros d'incertitude, une paille.

Au départ, RFF s'est appuyé sur une zone de chalandise recouvrant la Corrèze, la Haute-Vienne, l'Indre, le Lot, le Cantal et l'Aveyron mais aussi la région parisienne, la région de Poitiers et le nord et l'est de la France avant d'y ajouter en 2010 la Dordogne et la Creuse. Malgré ce que la Cour des Comptes qualifie "d'élargissement excessif de la zone de chalandise", la prévision de rentabilité atteint, dans le meilleur des cas, à peine 3.3 %. On voit pourtant mal un habitant de Bergerac, de Millau ou de St-Flour passer par Limoges pour se rendre à Paris ... La SNCF elle-même a critiqué les prévisions de trafic qu'elle juge "excessivement optimistes" en pointant du doigt la hausse tarifaire sous-estimée de 40 %.

Avec de tel doutes quant à la rentabilité minimale de la ligne, la Cour des Comptes met en garde contre le risque d'une nécessité de subventions pour assurer le fonctionnement de la ligne qui atteindraient 80 % de son coût de fonctionnement en plus de l'investissement initial. Si l'on se fie à ce qui est observé sur la LGV Est, il s'agirait de trouver 50 millions d'euros par an, un tiers du budget d'investissement de la région Limousin.

La première phase d'étude, lancée en 2007, a été financée par les conseils régionaux de Poitou-Charentes et du Limousin, par les conseils généraux de la Corrèze, de la Haute-Vienne et de la Vienne et par les agglomérations de Brive, Limoges et Poitiers ainsi que par la ville de Limoges. Pourtant, des incertitudes demeurent quant au financement et la DUP pourrait ainsi être prononcée sans connaître les financeurs de cette LGV. En effet, entre la première convention de 2007 et la deuxième de 2014, le conseil régional de Poitou-Charentes, les conseils généraux de la Corrèze et de la Vienne et les agglomérations de Brive et de Poitiers manquent à l'appel ... Ne subsistent donc plus que le conseil régional du Limousin, le conseil général de la Haute-Vienne, Limoges Métropole et la ville de Limoges pour financer, à hauteur de 11 millions d'euros, les 42 millions d'euros de la seconde tranche d'études.

S'ajoutent à ces 42 millions d'euros, les 30 millions déjà alloués aux études depuis 2007 et les 53 millions donnés en 2011 pour la réalisation de la LGV Tours-Bordeaux. En additionnant tous ces montants, on arrive à 125 millions d'euros déjà alloués au profit d'un hypothétique désenclavement du Limousin sans aucun bénéfice retiré pour l'instant. Cette somme représente 25 % du budget nécessaire à la modernisation de la ligne POLT selon les associations (500 millions d'euros) ou le renouvellement complet de 180 km de voie de chemin de fer. Il va sans dire que si la DUP n'est pas prononcée, ces fonds auront été parfaitement inutiles et seront irrémédiablement perdus.

Tag(s) : #Creuse, #Corrèze, #Haute-Vienne, #Vienne, #Ferroviaire

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